Cela faisait quelques mois, que l’événement se préparait… Quinze ans d’antenne… Un chiffre rare pour une émission quand on sait que la vie d’un programme est remise en question d’une saison sur l’autre.
Mais Goûtez-moi ça... a su fidéliser son public. Les recettes du succès ? Il y a Pierrot d’abord, un restaurateur du pays, installé à Lille, personnage haut en couleur et bonhomme, qui attire les regards et prend la lumière. Avec Jenny, comédienne tourquennoise, la gentillesse même, ils forment un duo que le téléspectateur apprécie voir évoluer devant les caméras de Patrick.
Et puis, il ne faut pas oublier les recettes que ce dernier concocte avec imagination et jubilation. Marier les saveurs, alterner cuisine d’ici et d’ailleurs, proposer des alchimies originales et simples que tout un chacun peut reproduire… Voilà ce qui séduit… Avec une fierté – mises à part quelques rediffusions spéciales – en quinze ans, les recettes passées à l’antenne étaient toutes inédites (plus de 500 au total).

Pour illustrer le succès, quelques chiffres d’audience. Chaque semaine ce sont en moyenne plus de 200.000 téléspectateurs qui regardent l’émission. Et, nouveau, depuis quelques saisons la recette est mise en ligne. On y retrouve les ingrédients, leur quantité… Bref, pratique, l’outil attire de nombreux fidèles chaque semaine (quelque 20.000 pages vues) pour y imprimer la fiche de la tourte de saumon ou celle de la quiche de volaille au curry.
Un succès donc, que l’équipe a voulu fêter avec ses téléspectateurs chez le Chef de la région : Marc Meurin, deux étoiles au Michelin, installé à Busnes dans le majestueux Château de Beaulieu. Grandes pelouses, arbres séculaires, petits cours d’eau venant se frotter à l’imposante bâtisse en briques et récemment rénovée en hôtel de luxe (quatre étoiles) et une cuisine et un accueil exceptionnels à l'image du lieu.
Par cet après-midi de septembre, Pierrot et Jenny sont sur leur 31. Patrick, qui connaît bien Marc Meurin fait l'interface. Pour France 3, une petite vingtaine de personnes sont là pour relever un défi : tourner 26 minutes en une journée sans perturber le fonctionnement de l’hôtel et du restaurant.
Marc Meurin a pris ses dispositions mais son équipe assurera une journée de travail normale. Il faut donc tourner la recette en cuisine après le coup de feu du midi. Dans la matinée, ce sont les scènes extérieures qui sont tournées. Là encore, nouveau défi, le réalisateur est devant les caméras. Il délègue donc à Aurélien, son assistant, qui assure le bon fonctionnement du tournage. Le rythme de tournage est soutenu, les séquences filmées s’enchaînent. Tout est écrit, préparé a été repassé au peigne fin à la veille du tournage.

Mais il faut aller vite. Céline, chargée de production, a un programme minuté mais il y a aussi les impératifs techniques des deux cadreurs, Cécile et Claude, ceux de la scripte Françoise et l’appréciation du réalisateur. Chaque séquence doit être validée par tout ce petit monde avant de passer à la suivante.
Et il ne s’agit pas de bâcler le travail. On répète donc, on tourne et on retourne. En cuisine par exemple, le jeu des comédiens durant toute la durée de la recette est filmé sous trois à quatre valeurs de plan, ce qui demande avec deux caméras plusieurs séquences d'enregistrement. De longues prises donc, mais il s’agit d’avoir tout dans la boîte : les explications de Marc Meurin et de ses Chefs, les questions et réactions de l’équipe de Goûtez-moi ça... et le détail de l’avancée de la recette en images. « Nos yeux font naturellement le ping-pong entre ces différents éléments visuels », explique Céline. « Il faut prendre le temps de recréer cet effet, ce besoin d’informations, avec les caméras ».
Pour des raisons techniques, il faut aussi synchroniser les caméras, c’est-à-dire les régler sur un même chronomètre. Vérifier l’éclairage, faire les blancs en début de séquence, vérifier qui est ou n’est pas hors champ, faire attention aux reflets des vitres. Plein de détails, que l’on connaît ou pas mais qu’il est appréciable de (re)découvrir.
Exemple. Séquence extérieure, arrivée au Château de Beaulieu.
« - Prêts ? » (silence) Moteur !»
« - Ca tourne. »
« - Action »
Après quelques secondes d’enregistrement, l'ingénieur son :
« - Avion ! »
« - Coupez, on la refait ».
Ou encore, toujours à l’extérieur :
Claude a l’œil dans le viseur de sa caméra. Il sent une ombre et demande instantanément : « Entrée ou sortie de nuage ? »
L’éclairagiste du tac au tac : « sortie »
« filtre 4 »
« OK » répond Cécile, la deuxième opératrice de prises de vues.
Bref, réactivité, professionnalisme, des échanges, des tic-tac bien réglés, bien huilés toujours plaisants à observer.
La journée, remplie et rythmée, touche à sa fin. L'équipe souffle, tout est dans la boîte, et on range le matériel en remerciant chaleureusement les attentions, les coups de main, la disponibilité des gens du Château. Moment de satisfaction, le pari est gagné, même si quelques regrets de ne pas avoir fait mieux faute de temps demeurent chez quelques-uns. Reste le montage et à savourer l'émission à retrouver ci-contre en vidéo divisée en trois séquences.
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